L'EMPIRE
Avec
le Consulat et l'Empire qui ont vu le retour de beaucoup d'émigrés, les
conseils municipaux ont souvent subi à nouveau leur emprise et c'est ainsi qu'à
Verfeil Auguste de MONMEDAN fut le Maire de cette période et le resta
d'ailleurs jusqu'en 1824.
Sur
le plan économique et à cause du blocus, on essaya des cultures nouvelles
comme le coton et la betterave à sucre et l'on reparla du pastel mais le succès
escompté ne fut pas atteint.
Si
l'opinion publique générale semble calme, les levées de troupes sont durement
ressenties : au recensement de 1809 on compte pour Verfeil 67 militaires aux armées
et il y en aura 88 en 1814. Le refus du service sera d'ailleurs très fréquent
et les historiens notent que de 1800 à 1803 la Haute-Garonne compte 48 %
d'insoumis alors que la moyenne nationale est de 28 % et cela sans
compter les déserteurs .
Quant
à la guerre elle-même, elle demeure loin pendant la majeure partie de l'Empire
et même lorsqu'elle se rapproche avec la guerre d'Espagne, à Verfeil même on
s'en sent encore bien loin. Ce n'est qu'en 1814, lors de la bataille de
Toulouse, que l'atmosphère change brusquement et notre canton fut alors le témoin
de ce que l'on pourrait appeler les séquelles d'un grand conflit .
Par
suite d'imprudences et de fausses manoeuvres à la veille de la bataille de
Toulouse, des unités furent coupées du gros de la troupe Pour échapper à la
cavalerie anglaise qui les poursuivait il parcoururent pendant deux jours
environ un long circuit à travers Gragnague, Verfeil, Lavalette, Bourg
Saint-Bernard et Lanta : trois fois les nôtres cuirent la soupe et trois fois
les Anglais la mangèrent (!) Parvenus à Flourens, nos hommes entendirent le
canon de ralliement de Toulouse, marchèrent toute la nuit et rentrèrent dans
Toulouse. La bataille principale eut lieu le lendemain et nos ancêtres ont donc
vu passer ces braves.
Ils vont voir aussi arriver leurs
ennemis car le combat terminé et par suite d'un accord entre généraux, l'armée
de SOULT qui a été rejointe, entre temps, par les troupes de SUCHET se replie
et cantonne en partie dans le Tarn (le maréchal - lui - est à Lavaur). Le
hameau du Ramel sert de limite entre Français et alliés ces derniers
cantonnant dans toute la Haute-Garonne, et c'est ainsi que, du 28 avril au 1er
juin 1814, Verfeil reçoit un détachement Anglo-Irlandais de cent soixante
cavaliers du 5e Régiment des gardes avec dix officiers.
Un soldat Irlandais est d'ailleurs mort à Verfeil et
enterré au cimetière.
Enfin
le 2 Juin, différents Régiments de l’armée Française, venant du Tarn,
traversent Verfeil en direction de Toulouse où ils doivent défiler .
En dehors de ces événements
militaires, il est indispensable de rappeler ici une décision administrative importante
et qui reste ignorée de beaucoup ; c'est le rattachement de la commune de
Teulat au département du Tarn et sa séparation d'avec le canton de Verfeil.
Ce problème
était en discussion depuis 1792 mais avait été jusque là repoussé : par
contre par arrêté signé de Napoléon BONAPARTE, encore Premier Consul, à
Bruxelles le 4 Thermidor an XI (23 Juillet 1803) la séparation est rendue définitive,
et cela malgré les protestations des habitants et notamment du Maire, M.
DELGUY, protestations suivies d'ailleurs de la démission du Maire et de
l'adjoint.
La RESTAURATION
La Terreur Blanche
La
société ancienne s'est réformée malgré quelques à-coups dûs à la
"Terreur Blanche" L'un des épisodes Verfeillois de cette Terreur
concerne l'enlèvement, au château de Saint-Martin, du baron CERISE, ancien
officier de l'Empire. C'est donc dans ce château qui lui servait d'asile qu'il
est un jour, enlevé par une troupe de "Verdets" et jeté en prison.
Qui
sont ces "Verdets" ? Ce nom, en effet, fut donné à des bandes de
royalistes, quelque peu fanatiques et passionnés qui ont fait régner la
terreur dans tout le Languedoc au début de la Restauration et s'attaquant spécialement
aux républicains, aux partisans de l'Empire Napoléonien et parfois aux
protestants. Ils portaient un uniforme vert ou une cocarde verte et leurs étendards
étaient blancs fleurdelisés, bordés de vert : d'où leur nom.
Si les Verdets se sont ainsi
manifestés brutalement à l'encontre du malheureux baron CERISE c'est que la région
de Toulouse était particulièrement agitée et que, de plus et peut-être
surtout, nous trouvons à Verfeil même l'un de leurs principaux meneurs
Toulousains en la personne du jeune Hypolite de SAVY-GARDEIL, écuyer, qui
demeure au Savys quartier de Montferran et qui a 22 ou 23 ans
Celui ci avait, il est vrai, quelques raisons d'en vouloir à tout ce qui
provenait de la Révolution, car, déjà, son père, officier, qui se trouvait
en garnison dans le Nord au moment des excès de la Terreur, avait dû quitter
l'armée et revenir dans sa région natale - mais aussi et surtout son oncle,
Jean François de SAVY-GARDEIL, Conseiller au Parlement de Toulouse, réfugié
d'abord à Verfeil, aux Savys, puis revenu imprudemment à Toulouse, avait été
arrêté dans cette ville le 17 Mars 1794, transféré à Paris avec un groupe
d'autres Parlementaires, pour y être guillotiné avec eux (cf. 17e&18e
siècles).,
.Hypolite
de SAVY GARDEIL, s'il n'a pas participé directement à l'enlèvement du baron
CERISE , l'a certainement approuvé et peut-être même inspiré. Ce baron,
symbole de l'Empire et qui n'habitait qu'à quatre ou cinq kilomètres (en ligne
droite) de sa propre demeure était bien connu de lui et, de plus, il avait
acheté les biens d'un émigré influent revenu, aigri, dans le pays - ce qui
ajoutait encore à sa mauvaise cause et devait le signaler à cet esprit de
vindicte passionnée qui animait de SAVY et ses comparses
L’épouse du baron CERISE
était avec lui,, au château lors de son enlèvement et dut en ressentir
profondément le caractère pénible et odieux. C'est alors qu'elle allait
montrer une énergie peu commune et une ténacité remarquable pour arriver à
faire libérer son mari :Retrouver le lieu de détention,
alerter les relations utiles et impartiales, forcer les résistances et déployer
toute sa conviction et sans doute son argent pour faire libérer le baron : tout
fut mis en oeuvre, finalement avec succès.
Le Renforcement de la Bourgeoisie
On pourrait presque dire même que
cette société ancienne s'est renforcée dans le domaine de l'appropriation
foncière et cela dans tous les milieux.
Nous
voyons, par exemple, un Pierre GUIRAUD, géomètre à Verfeil, qui a beaucoup
trafiqué dans les biens nationaux, mourir jeune en Janvier 1816, laissant cinq
métairies sans compter sa grande maison du faubourg, le four banal et deux
moulins ; ou encore ce jeune officier de brillante lignée: Edouard
Alexandre du BREUIL de THEON, officier au 4e Régiment de la Garde Royale, qui
épouse à Verfeil le 12 Mai 1819 Mademoiselle de LACOSTE qui habite avec sa mère
à Verfeil au domaine de Naurous. Il quitte presque aussitôt l'armée et
achète dès le mois d'Octobre la métairie d'En Maillet, puis avec l'aide et
l'appui de sa belle-mère ils constituent ensemble un domaine important qui a
finalement pour centre la belle demeure de Bel Air. Ce ne sont que deux exemples
mais significatifs.
Durant tout ce début du 19e siècle, il y a toute une série de mouvements
contradictoires dans la société :
d'un côté, comme nous venons de le dire, les anciens
nobles ou les bourgeois qui progressent et s'affirment semblent, tout au moins
dans nos régions, ne penser qu'à arrondir leur fortune immobilière, mais en même
temps et après les secousses de la Révolution et les saignées de l'Empire,
beaucoup de familles s'étiolent ou disparaissent ce qui crée des occasions
supplémentaires pour s'agrandir mais d'un autre côté
il y a tout un bouillonnement à la fois dans les idées politiques qui
s'expriment particulièrement en 1848 et aussi dans la vie économique grâce
aux progrès mécaniques et scientifiques.