La Croix Digne

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Il y avait dans l'église une relique insigne particulièrement précieuse qui était célèbre dans toute la région et provoquait une vénération unanime : il s'agissait de "La Croix Digne". Ce reliquaire en forme de croix processionnelle, avait été commandé en 1467 par les consuls de l'époque ainsi que par les bailes du Purgatoire, à Pierre de CLUSEL, orfèvre Toulousain, et lesdits consuls désiraient qu'il fut particulièrement riche et orné car se trouvait enfermé en lui une parcelle de la vraie Croix.

Les exigences des consuls évoquent les retables espagnols fourmillant de saintes effigies.  Les voici : 

« Au-dessus de la tête du crucifié, on placera ce titre: « Jésus de Nazareth. » Au-dessus du titre, on représentera un pélican et, sous le pied, Lazare sortant du tombeau.  Le pommeau aura un caractère architectonique.  Au-dessus seront figurés saint Blaise, patron de l'église, Notre-Dame et saint Jean.  Des deux côtés du pommeau sortiront deux bras de forme ascendante qui, à leur sommet, porteront, du côté droit, un ange tenant le soleil et, du côté gauche, un ange tenant la lune.  Sur l'autre côté de la croix il représentera Notre-Dame tenant l'Enfant Jésus et, au-dessus, un ange qui la couronnera.  L'image de saint Jean évangéliste placée en un tabernacle dominera celle de la Vierge.  Du côté droit de la croix, dans un des lobes, il placera saint Luc, du côté gauche saint Marc et au pied saint Mathieu.  Au-dessus du pommeau sera enchâssé un fragment de la Vraie Croix ».

On pense que cette parcelle avait été rapportée par un chevalier de la région ayant pris part aux Croisades mais on n'a aucun document précis.  Pour entourer une relique aussi précieuse les consuls avaient voulu que cette "grande croix processionnelle d'argent" fut complétée par des personnages au nombre desquels figurait Saint-Blaise, patron de notre église.

Ce chef-d'oeuvre si vénéré n'a pas échappé aux fureurs de la Révolution et aux besoins de métaux précieux et la Croix Digne a donc disparu sans rémission, mais il importait à la piété des fidèles de lui donner une nouvelle force et de retrouver cette image vénérée. On institua donc, lorsque le calme fut revenu, un fac-similé de l'ancienne croix à l'aide de souvenirs et de quelques anciennes images et on commanda à un sculpteur sur bois une nouvelle croix reproduisant à peu près exactement l'ancienne, et en 1820, cette nouvelle croix s'est à nouveau enrichie d'une parcelle de la Vraie Croix du selon la tradition, au cardinal de Clermont Tonnerre, archevêque de Toulouse.

Depuis, la vénération pour cette relique a été attestée par l'empressement des gens de Verfeil et de toute la région à se procurer les images de cette Croix répandues à des milliers d'exemplaires et que chacun tenait à avoir dans sa demeure. La vénération publique attribuait à cette Croix une vertu protectrice favorable aux personnes, éloignant les calamités et les chassant, surtout les menaces de la foudre et les dévastations de la grêle. Par suite et jusqu'à une période encore proche, en cas d'orage menaçant, le Curé desservant sortait cette Croix sur le seuil de l'église, faisait sonner les cloches et appelait de pieux fidèles à venir se joindre à lui pour prier et demander une protection céleste.

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